Les oushebtis, les statuettes de serviteurs et les modèles

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« Ô oushebti, si je suis appelé, si je suis désigné pour faire tous travaux qui
sont faits habituellement dans le royaume des morts, eh bien ! L'embarras
t'en sera infligé là-bas, comme quelqu'un à sa tâche. Engage-toi à ma
place à tout moment pour cultiver les champs, pour irriguer les rives et
pour transporter le sebbakh (l'engrais) de l'Orient vers l'Occident.
''Me voici '' dires-tu.
 » 

 

 Oushebti de Ptahmès - Faïence polychrome -
H : 20 cm - XVIIIème dynastie - Musée du Caire. >

 

Ce texte apparaît à la fin de la XIIe dynastie sur les oushebtis, de petits objets
funéraires en forme de momies, fabriqués le plus souvent en pierre, en bois ou en
faïence et il explique leur fonction. Ce sont des « répondants », qui doivent obéir
aux ordres de leur maître et se charger dans l'au-delà des corvées de l'irrigation
et de la fumure [1], considérées comme désagréables, à l'inverse du labourage,
des semailles et des moissons.

Depuis le début du Moyen Empire, ils font partie du mobilier funéraire, et ne seront
au départ déposés que dans les tombes privées. Il se peut que les premiers
oushebtis aient été de petites momies de substitut : de petits corps nus en cire
ou en argile, enveloppés de bandelettes et déposés dans de petits cercueils, pour
remplacer la momie du défunt, au cas où celle-ci aurait été abîmée ou détruite.
Certaines inscriptions portent les noms et des données généalogiques et
permettent de les attribuer à tel ou tel défunt.

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Les statuettes de serviteurs représentés dans l'accomplissement d'une
activité constituent un autre groupe de statuettes exclusivement destiné
à entrer dans le mobilier funéraire. A l'inverse des oushebtis, qui ont pour
fonction de remplacer le défunt, ces statuettes ont la même mission que
les reliefs et les peintures des tombes : elles assurent sa survie dans
l'au-delà, son approvisionnement en nourriture, sa position sociale à
travers ses tâches et son entretien.

96-023574.jpgStatuette d'une porteuse d'offrandes

Sous l'Ancien Empire, ces statuettes de serviteurs sont en calcaire et
exécutées avec un certain soin; sous le Moyen Empire, elles sont
essentiellement en bois et peintes. Depuis la Première Période Intermédiaire,
elles sont regroupées sur un socle dans un environnement faisant partie de
leur activité, autour d'édifices, d'outils professionnels, etc. On trouve dans
ces conditions des boucheries, des boulangeries, des ateliers de menuiserie
et de tissage entiers, des modèles de barques les plus divers qui soient,
des barques de voyageurs, de commerce ou des barques pour le pèlerinage
d'Abydos, et même des troupes militaires en rapport avec la fonction
exercée par le défunt.

2grenierboauf.gifScène d'élevage 

Ces scènes sont déjà connues pour avoir été peintes sur les murs des
grands mastabas de l'Ancien Empire, où elles se décomposent en scènes
individuelles, juxtaposées en registres. Mais ces modèles incluent désormais
le lieu de l'action qui s'inscrit dans un espace à trois dimensions. De plus,
elles peuvent représenter l'engrenage des, 
activités individuelles simultanées
de plusieurs personnages à l'intérieur de cet espace, ce qui, à la manière d'un
instantané, paraît plus vivant, plus réaliste.

Ces groupes s'ajoutent aux représentations murales des tombes ou les
remplacent; la richesse de leurs motifs pourvoit aux besoins du défunt.
L'agriculture, l'élevage, l'économie de stockage, la préparation de la nourriture,
et la fabrication de toutes sortes d'objets à usage varié sont représentés.

Les techniques et le style de ces statuettes sont multiples; certaines sont très
soignées. La plupart sont faites avec habileté, mais aussi avec rapidité, le travail
des surfaces et des détails étant alors relégué au second plan.

Sous le Moyen Empire, on prend l'habitude de disposer ces modèles au fond des
puits ou dans le caveau, à l'abri des pilleurs de tombes. Les sites de découverte
se concentrent en Moyenne et Haute-Egypte. La fabrication de ces statuettes
de serviteurs
ne cessera qu'un début de la XIIe dynastie.

47-oushebti-o-pequenas-figurillas-de-terracota-de-una-tumba-de-la-xi-dinastia.jpgScène militaire

Les figurines de ces modèles ne représentent personne en particulier et
elles restent anonymes. Elles ne sont que les vecteurs d'une fonction
importante pour la survie du défunt. Cette différence déterminante avec
les sculptures qui représentent ce dernier et les membres de sa famille,
apparaît dans le fait que l'artiste varie fortement le canon de représentation
humaine des serviteurs et s'autorise de nombreuses exceptions à la règle.
Les attitudes les plus diverses, souvent très directes, des mouvements
amples caractérisent ces statuettes, la composition rigoureuse des groupes
et la frontalité n'étant par ailleurs plus nécessaire. N'accordant aucune
importance au portrait, l'expression des visages est toute naturelle, les
proportions sont généralement quelconques, ce qui en fait justement
l'expressivité. Elles ne produisent aucun effet théâtral et nous permettent,
au contraire – bien qu'elles aient été conçues pour l'au-delà – de jeter un
regard sur la vie terrestre des Egyptiens à la fin du troisièmes millénaire
avant Jésus-Christ.

louvre-modele-bateau.jpgModèle d'une barque 

[L'Egypte, sur les traces de la civilisation pharaonique]

[1] Fumure : Action de répandre de l'engrais dans un champ.

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