Le rituel de l'ouverture de la bouche

tombe-de-menna-ouverture-de-la-bouche.jpgTombe de Menna : Représentation de plusieurs étapes du rituel de l'Ouverture 
de la bouche effectué sur la momie dressée.

« C'est le natron qui ouvre ta bouche, ô Ounas, tu goûteras
sa saveur devant les pavillons du Dieu »
(Textes des Pyramides, 34, 26ab)

Le rituel de l'Ouverture de la bouche trouve ses racines dans les Textes des Pyramides. A
l'époque, il servait à donner la vie à la statue du dieu ou du roi par une succession de
passes magiques. Puis progressivement, les rites se sont sur les momies pour que celles-ci
retrouvent l'usage du corps et les fonctions des organes de sens afin de reprendre une vie
dans le monde des morts. Il s'agit d'animer le cadavre. Pour cela, les prêtres positionnent
la momie comme une statue et opèrent un rituel compliqué dont le moment principal, celui
que l'on retrouve sur toutes les parois, consiste à toucher la bouche de la momie à l'aide
de l'instrument-pesechkaf tout en récitant les Paroles à dire.

4076setep.jpgHerminette en bois, outil indispensable pour le rituel

88-004865-01.jpgA l'Ancien Empire, la plaquette en albâtre contient les sept huiles
sacrées et les fards nécessaire au rituel

Les papyrus distinguent soixante-quinze étapes différentes pour ce rituel. Son bon
déroulement nécessite l'emploi de tout un ensemble d'instruments liturgiques [1]
spécifiques ainsi que des huiles, des pommades, des onguents et des fards; les
mêmes qui servent dans les opérations d'embaumement. Cette dernière action sur
la momie, qui apporte l'ultime guérison du corps, autorise à nommer précisément les
outils utilisés au moment de leur apparition dans l'ordre successif des opérations.
Les artisans dessinent même sur les parois des tombes. L'instrument-pesechkaf,
qui joue un rôle mineur dans les textes, traverse pourtant toutes les époques. Il
devient central à l'époque ptolémaïque. Dans les représentations, il est l'outil par
excellence dont l'efficacité est garantie pour le bon accomplissement du rituel. Les
particuliers des nécropoles de Gizeh et Saqqarah, des Ve et VIe, n'hésitent pas à
se faire enterrer avec des répliques en pierre des instruments les plus utiles.

Glorifie-moi, toi qui ouvres pour mois ma bouche et qui guides
mon âme-ba aux chemins de la Douat...
(Textes des Sarcophages, Spell 238)
 

Les formules qui accompagnent le rituel de l'Ouverture de la bouche apparaissent
dans la chapelle des tombes seulement à partir de la XVIIIe dynastie. Leur entrée
dans l'iconographie des tombes va coïncider avec une profonde modification de
l'ordonnancement architectural qui va devoir s'adapter aux nouvelles exigences
funéraires. Ce rituel désormais incontournable va être représenté d'une manière
codifiée frisant l'ennui. Le vizir Rekhmirê (TT 100) n'a pas hésité à faire représenter
cinquante-trois épisodes du rituel sur les parois de sa tombe. La tombe de roi
Séti Ier possède également une superbe représentation de ce rituel.

A la XXIe dynastie, le rituel de l'Ouverture de la bouche se réalise non plus sur
la momie, mais directement sur le sarcophage dressé face à l'entrée de la
tombe. Le taureau Apis bénéficie également de ce rite. Au cours du cérémonial,
il faut également offrir au défunt la patte avant découpée sur un veau vivant.
Encore tiède, le prêtre doit venir la présenter deux fois à la momie pour stimuler
l'ouverture de la bouche en lui insufflant la force vitale qui s'échappe du membre
fraîchement coupé. Uns scène identique se déroule avec le coeur du veau.
 

« Ta bouche est celle d'un veau de lait au jour de sa naissance »
(Textes des Pyramides, 34, 27a)
 

Ce rituel clôt les cérémonies de l'enterrement. Juste avant de fermer le couvercle,
le prêtre-lecteur dispose près du corps momifié un exemplaire du Livre des Morts.
Des porteurs chargent sur leurs épaules le cercueil et le mènent dans la chambre
funéraire. Dans le lieu de repos éternel, une ultime veillée se passe afin de mettre
le cercueil sous la protection des dieux. Enfin, le caveau est scellé, l'éternité
peut alors commencer.

inherkhaou4.jpgLe dieu Anubis applique sur les lèvres de la momie du chef des
travaux Inherkhaou l'huile aux vertus magiques qui va redonner
à la bouche du défunt la possibilité de respirer, manger
et boire dans l'autre monde (TT 359)

sennedjem-23.jpgKhonsou, un des fils de Sennedjem, dirige l'herminette vers
le sarcophage de son père. La ligne de texte dit : « que soit ouverte
ta bouche Osiris Sennedjem juste de voix » (TT 1)
 

[Momies, rituels d'immortalité dans l'Egypte ancienne de Francis Janot ] 

[1] Liturgique Ordre des cérémonies et des prières qui constituent
 le service divin.

3 votes. Moyenne 3.33 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site