La momie médecine

aria-pe-murray1.gifMargaret Murray fut l'une des premières égyptologues. Elle était employée au Musée de Manchester.
Cette photographie de 1907 la montre en tablier, démaillotant une momie. 

Les Arabes qui régnèrent sur l'Egypte à partir de 640 de notre ère n'éprouvaient aucun
respect pour le culte funéraires des anciens. Les pilleurs de tombeaux arabes
possédaient des instructions écrites, par exemple le "Livre des perles enterrées" :
"Va vers le Nord-Ouest et tu arrives à une montagne blanche, à ses pieds un chemin
mène à une dépression au sol mou. Allume un brasier enfumant à l'aide de poix, de
styrax liquide et de laine de moutons noirs
" et la fumée magique indique la voie qui
mène à l'or. 

Le commerce des momies se développa relativement tard; les premières ont dû arriver
en Europe vers 1600 de notre ère, deux furent transportées en 1615 de Saqqarah à
Rome avant d'arriver, en 1728, dans le cabinet de curiosités d'Auguste le Fort à Dresde.

Depuis bien plus longtemps, on s'intéressait à une poudre, la "moumia" - le nom vient du
persan -, une substance bitumineuse naturelle noirâtre à laquelle on attribuait de grandes
propriétés thérapeutiques. Les rois de Perse avaient l'habitude d'en offrir de petites
quantités aux souverains européens, éveillant ainsi la curiosité et des besoins qu'il fallait
satisfaire. Au XIIème siècle, un médecin arabe proposa d'utiliser pour la remplacer des résines
de conifère ayant servi à embaumer les cadavres et ayant absorbé leurs sucs. Les morts
que les Egyptiens avaient préparés pour l'éternité prirent alors le nom de momies et, dès la
fin du Moyen Age, des commerçants avisés veillèrent à ce que celles-ci soient résuites en
poudre et transportées par bateau d'Alexandrie aux ports Européens. François 1er (mort en
1547) aurait toujours porté sur lui un sachet de moumia dans son officine. En 1924, la
"Moumia vera Aegyptica" est encore mentionnée dans la liste de la firme pharmaceutique
Merck de Darmstadt au prix de douze marks d'or le kilo. 

Avec l'expédition de Bonaparte et son équipe scientifique en 1798, l'Egypte devient
populaire et l'intérêt porté aux momies en bon état évolua - elles devinrent un souvenir de
voyage apprécié qu'on exposait dans des cabinets de curiosités privés, on en faisait aussi don
aux musées ou on ôtait leurs bandelettes. Ce "déshabillage" devint même un événement
dans la bonne société. Une carte imprimée au nom d'un certain Lord Londesborough invite
dans sa demeure londonienne le 10 juin 1850 : "A Mummy from Thebes to be unrolled at
half-past Two
." (Une momie de Thebes va être déroulé à deux heures et demie) En 1883, le
prince prussien Friedrich-Karl amena à Berlin une momie acquise en Egypte et la fit démailloter
sur sa table de billard. Des personnes intéressées mais moins aisées, de Hamm, en Allemagne,
fondèrent une association et se firent expédier une momie. Théophile Gautier, l'écrivain
romantique, décrit ce qu'ont  ressenti les âmes sensibles assistant au déshabillage d'une
momie : "... les paupières... faisaient briller entre leurs lignes d'antimoine des yeux d'émail l
ustrés des humides lueurs de la vie; on eût dit qu'elles allaient secouer comme un rêve léger
un sommeil de trente siècles... Quelle sensation étrange ! Se trouver en face d'un être humain
qui vivait aux époques où l'Histoire bégayait à peine...

screenshot-2011-08-18-12-11-52.pngEvènement Mondain

En comparaison, le rapport de Giovanni Belzoni, un aventurier italien qui fouilla en 1817 les
tombes de la Vallée des Rois à la demande du consul anglais Henzy Salt, semble beaucoup plus
terre à terre. Dans un des caveaux mal éclairés par la lueur des flambeaux, il cherche un endroit
où s'asseoir : "Quand mon poids chut sur le corps d'un Egyptien , il l'aplatit comme un carton
à chapeau. Evidemment je me servis de mes mains pour soutenir mon poids mais elles ne
trouvèrent pas de meilleur appui; je m'enfonçai ainsi entre les momies brisées dans un pêle-mêle
d'os, de chiffons, de caisses de bois, qui firent voler tellement de poussière que je dus rester
sans bouger pendant un quart d'heure
." 

L'histoire des momies regorge de détails macabres : en 1881, quand les pharaons défunts
découverts dans la Cachette royale arrivèrent en bateau au Caire, ils durent passer par la
douane, comme tous les produits importés. Leurs listes ne mentionnant pas de momies, les
douaniers choisirent la taxe qui leur sembla la plus appropriée, cette sur le poisson séché. 

Sur le même thème : Le procès de la momie de Chistan Jacq

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