Le scarabée de coeur

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Le scarabée de coeur est une amulette très importante dont la position sur le
corps est maintenant définie avec précision grâce aux coupes scanner réalisées
sur des momies conservées dans les réserves des musées. Ainsi, on la retrouve
au niveau du sternum
[1], déposée sur plusieurs couches de bandelettes, ou
bien dans la cage thoracique, à la hauteur des septième et huitième côtes, ou
encore dans la cavité abdominale des momies.

Pour l'Egyptien ancien, le coeur est un organe important puisque Osiris porte le
nom de « 
celui dont le coeur ne bat plus » dans plusieurs chapitres du Livre des
Morts
. Cette appellation laisse supposer que les Egyptiens avaient fait le lien
entre la mort et l'arrêt de cet organe. A cette époque, le muscle cardiaque est
considéré surtout comme le lieu de l'intelligence et des sensations éprouvées par
l'être humain, comme l'amour. Il sert également de réceptacle à Maât, la déesse
de la Vérité et de la Justice. Il est donc le centre intime de la vie morale de
chacun. En outre, doté d'une personnalité propre, il va jouer un rôle capital dans
la survie de la momie. Le coeur est l'organe central de la vie physique et morale
de chaque individu. Pour cela, il est identifiée au
Ka, la force vitale de l'humain.

Dès l'Ancien Empire, l'amulette de coeur est citée dans les Textes des Pyramides
comme un substitut du propre coeur du roi qui, en personne, eut à craindre sa
trahison. Ainsi, il y a plus de quatre mille ans, le roi en personne a-t-il eu l'âme
tranquille, digne d'affronter l'épreuve suprême de la pesée de l'âme ? En tout cas,
la croyance reste très fortement implantée dans les esprits, même dans celui de
Pharaon pour toute la période historique. Dans les
Textes des Sarcophages, l'idée
de méfiance demeure. La tradition se perpétue au Nouvel Empire, puisque la
radiographie de face du thorax du roi Ramsès II a permis de retrouver, à droite du
rachis
[2], son coeur extrait par les prêtres-embaumeurs, pour le préparer à part
comme un viscère. Entouré dans un ligne maintenu par trois fils d'or, il a été
replacé en position inversée.

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De plus, les chapitres 26,27,28,29A et 29B du Livre des Morts sont consacrés au
coeur. Les vignettes accompagnant les formules soulignent l'intimité qui unit le
coeur du défunt à son scarabée. Pourtant, aucun résultat n'est garanti pour le
défunt. Aussi, il a fallu ajouter le chapitre 30A et 30B au
Livre des Morts afin de
contraindre le coeur à ne pas se rebeller au cours de la séance de la pesée de l'âme.
Pour justifier l'ajout d'une cinquième formule :
Ô mon coeur maternel, mon coeur des
mes différents âges, ne témoigne pas contre moi, ne prends pas parti contre moi
dans le tribunal, ne fais pas pencher contre moi la balance devant le peseur, puisque
tu es ma force qui est dans mon ventre, le modeleur qui a donné vie à mes
membres; alors tu atteindras le bon destin qui nous est promis. Ne me calomnie
[3]
pas auprès de l'assemblée qui fait comparaître les hommes, et cela se passera bien
pour nous, cela se passera bien pour nos juges, et celui qui tranche les causes sera
heureux. Ne dis pas de mensonge contre moi, la décision dépend de toi.
 »

Le texte précise le type d'amulette qui doit être porté : « Paroles à dire sur un
scarabée en néphrite
[4] monté en électrum [5], son anneau étant en argent,
mis au cou du mort.
 »

A l'époque saïte, les formules font l'objet de quelques aménagements qui renforcent
l'efficacité des formules. Mais pourquoi avoir donné à cette amulette la forme d'un
coléoptère Scarabeux sacer ? Incarnation du soleil qui se lève chaque jour, le scarabée,
animal sacré par excellence pour l'Egyptien ancien, est le garant de la résurrection
quotidienne du défunt. Celui que l'on trouve sur les momies est normalement taillé
dans une pierre de couleur verte, chair du dieu mort, symbole de la végétation sans
cesse en croissance et du monde chtonien
[6]. La gravure de l'animal respecte son
aspect naturaliste. Sa représentation domine à la XVIIIe dynastie, alors qu'elle est
négligée aux XIXe et XXe dynasties. Dans sa tombe, sur le mur nord du caveau, la
momie de Toutankhamon divinisée porte sur la poitrine un gros scarabée vert aux
ailes de couleur rouge et verte.

Le Rituel de l'embaumement nous apprend que le scarabée subit deux opérations
avant d'être fixé sur la momie. Le prêtre-embaumeur doit l'oindre soigneusement
de myrrhe et d'huile de première qualité.

collier.jpgLe scarabée de coeur de Sennefer était maintenu autour du tronc de sa momie par une
chaïne à trois rangs de perles. La première ligne de textes porte l'inscription grattée d'un nom
plus ancien, preuve que l'amulette a manifestement été usurpée. (Musée du Louvre, Paris)

L'histoire des momies des rois, reines, princes, grands prêtres et hauts fonctionnaires
des époques pharaoniques est marquée par la découverte d'amulettes de coeur de
belle facture, composées dans des matérieux rares dont l'efficacité ne peut qu'être
absolue. En revanche, il ne semble pas exister de règle précise pour le mode de
fixation de l'amulette sur les momies. Les embaumeurs placent l'amulette avec
négligence ou avec une certaine liberté. Le scarabée de Youya, chargé de la formule
indispensable, atteint la belle taille de 11 centimètres. La radiographie de la momie de
l'architecte Kha, du début de la XVIIIe dynastie, révèle une amulette, maintenue sur
sa poitrine par une longue chaîne en or. Le scarabée n'est pas en place, la chaîne
l'ayant fait glisser au milieu du thorax. La momie de Sennefer, de la VIIIe dynastie, est
une des rares momies qui porte en place, à l'endroit exact du coeur sur le linceul, un
gros scarabée de pierre noire, fixé par une bélière
[7] à un collier de perles en bois doré
et en pâte de verre, imitant la turquoise et le lapis-lazuli. Au moment de l'attacher, la
chaîne de perles s'est révélée trop courte, aussi, pour la disposer à sa position précise,
les embaumeurs ont dû la rompre. Elle ne passe donc pas autour du cou du défunt, mais
entoure l'ensemble du corps parallèlement aux bandelettes. La momie du roi Psousennès
1er de Tanis possède quatre pendentifs en forme de scarabée de coeur ailé. A l'époque
ptolémaïque, les momies qui portent encore ce type d'amulette, reprennent des modèles
du Nouvel Empire. Il s'agit avant tout de beaux bijoux dont les charmes prophylactiques
sont absolument ignorés par leurs possesseurs. Avec le temps, les mentalités changent
et certains symboles et leurs croyances perdent irrémédiablement leur pouvoir.

Sous Ramsès II, les deux momies du taureau Mnévis, originaire d'Héliopolis, possèdent
comme les humains une amulette scarabée de coeur en quartizte munie de son
inscription : « ton coeur t'appartient, Ô Osiris Mnévis ». La protection de ces amulettes
s'etend donc aux momies animales.

[Momies, rituels d'immortalité dans l'Egypte ancienne de Francis Janot - p.225-226]

[1] Sternum : Os situé à la face antérieure du thorax.

[2] Rachis :Colonne vertébrale.

[3] Calomnie :Accusation mensongère portant atteinte à l'honneur de quelqu'un.

[4] Néphrite : Sorte de jade du genre amphibole.

[5] Électrum : Alliage constitué d'or et d'argent

[6] Chtonien : Se dit des divinités qui vivent sous la terre, des divinités infernales.

[7] Bélière : Anneau de suspension en général.

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