Sennedjem - Thèbes (TT1) - XIXe dynastie

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Sennedjem, « le frère est doux », est un artisan maçon qui a vécu pendant 3
dynasties sous le règne de Séthi 1er (1294-1279) et au début de celui de
Ramsès II (1279-1213) [XIXe dynastie]. Il porte le titre de « serviteur de la
Place de Vérité
 » qui désigne la nécropole royale thébaine. Il est chargé de la
construction et de la décoration des tombes royales de la Vallée des Rois. Lui et
les autres ouvriers habitent le village de Deir el-Médineh, sur la rive ouest du Nil. 

medina.jpg

deir-el-medina-map800.jpg

La découverte

C'est ainsi que, au cours de l'hiver 1886, quatre habitants de Gournah obtinrent
un concession pour diriger des recherches personnelles dans le secteur sud-ouest
de Deir el-Médineh, là où de précédentes investigations avaient permis de
reconnaître une zone complètement pillé et dépourvue d'intérêt archéologique. Le
travail des quatre égyptiens était constamment surveillé par un fonctionnaire local
du
Service des Antiquités. Après une semaine passée à ôter les déblais provenant
de quelques hypogées violés autrefois, les fouilleurs découvrirent un puits d'accès
à une tombe qui semblait encore intacte. On avertit immédiatement Gaston Maspero,
directeur du
Service des Antiquités, qui se rendit aussitôt sur place et put assiter
aux dernières phases de l'ouverture de l'hypogée. Quelle ne fut pas la surprise pour
les ouvriers égyptiens de découvrir une tombe inviolée, préservée des pillards, avec
tout son mobilier et une vingtaine de momies bien préservées, dont neuf dans des
sarcophages, sur trois générations. La porte du caveau de Sennedjem était fermée
de l'intérieur. Et si joliment peinte qu'on préféra briser le linteau et les jambages
pour pénétrer dans la chambre funéraire. Le caveau fait moins de 15 m², mais il est
entièrement peint des murs au plafond, couvrant près de 40 m² : « 
cette salle
terminale voûtée, construite en briques, était richement décorée de peinture
multicolores et elle était remplie de cercueils, de momies, de mobilier et de
trousseau funéraires.
 » G. Maspero

Certains objets disparurent toutefois pendant leur transport jusqu'au Nil, et d'autres
furent volés par les ouvriers chargés des opérations. La plus grande partie des
découvertes fut acheminée vers le musée de Boulaq. Mais, il fut découvert du
mobilier ordinaire de son domicile, y compris un tabouret et un lit, qu'il a
effectivemement utilisés lorsqu'il était en vie.

Deir el-Médineh devint célèbre pour la richesse et la diversité des trouvailles qui
ont été effectuer.

La tombe est restée inviolée, mais aurait subi des agressions : certians visages
de lui-même, des siens et des divinités ont étés mutilés.

5090620126-69feb6703e-z.jpgEntrée de la tombe de Sennedjem (symbole séculaire des tombeaux
royaux était devenu un bien public)

tt1.jpgPlan de la tombe de Sennedjem selon Bernard Bruyère

porte-de-la-tombe.jpgPorte du caveau

La famille de Sennedjem

Sa tombe peut être considérée comme collective (voir arbre
généalogique)
, car se trouvaient résunies dans le même caveau
trois générations au moins de la même famille. Le corps de
Sennedjem gisait dans la chambre funéraire, à côté de ceux
qu'une vingtaine de membres de sa famille.
Neuf d'entre eux
possédaient de très beaux cercueils anthropoïdes, simples ou
doubles, finement peints et vernis. Il s'agit de Sennedjem, de
son épouse Iyneferti, de son fils Khonsou et de sa femme
Tamaket, de ses autres enfants Parahotep, Taashsen, Ramose,
Isis et enfin, d'une petite fille nommée Hathor. Onze autres
n'avaient pas de cercueils. Il est probable qu'il s'agissait des
membres de la famille n'ayant pas eu assez de fortune pour
s'offrir autre chose que des linceuls et des bandelettes et à
qui le chef de famille a offert de partager sa sépulture. A cette
liste, il faut ajouter deux foetus contenus dans des boîtes en
bois jaune anépigraphes.

sennedjem-genealogie.gif

Arbre généalogique de la famille de Sennedjem d'après la thèse de Mme Saura y Sanjaume

sennedjem-coffin.jpgSarcophage de Sennedjem

Le sarcophages de Sennedjem est un lourd sarcophage dont le couvercle extérieur
représente le défunt sous un aspect momiforme, caractéritisque du style du règne
de Ramsès II. Les bras sont croisés sur la poitrine, les mains tiennent l'amulette-
tit
et le pilier-
djed. Sous une lourde perruque, le visage de Sennedjem de couleur
ocre-rouge semble vivre. Un large collier-ousekh à sept rangs est rehaussé par une
ample couronne florale, mélange de feuilles lancéolées et de mandragores. La déesse
Nout protège de ses ailes épanouies la bandelette médiane de textes. Les trois autres
bandelettes, disposées tra,versalement, encadrent trois tableaux au décor identique
de part et d'autre de la bande centrale : Anubis sur son naos, une divinité anonyme
agenouillée dont les deux mains enserrent le signe-che-nou, et la déesse nourricière
qui émerge du sycomore
[1] et abreuve le défunt. En outre, un couvercle-planche a
été déposé directement au contact du corps momifié. Il représente Sennedjem habillé 
(1)
avec le grand pagne plissé, attaché sous le nombril, très à la mode à cette période.
Ses poignets s'ornent de bracelets. Ce bel exemple illustre les changements intervenus
dans les mentalités funéraires et le besoin touchant de se faire représenter encore vivant.
Egalement, un couvercle-planche de la dame Isis, la belle-fille de Sennedjem
(2).
Il ne s'agit pas de la réprésentation classique de la défunte momifiée entourée dans
des bandelettes, mais bien de l'apparence d'une femme vivante, portant un impossante
perruque noire d'où émerge une fleur de lotus épanouie. Vêtue d'une élégante
robe-manteau plissée, ses seins en relief sont signifiés par deux fleurs multicolores. Outre
le lotus, symbole de la renaissance, elle tient dans ses mains de longues lianes de lierre
qui ont naturellement un rapport étroit et intime avec le monde de l'au-delà. 
 

sennedjem-et-dame-isis.jpgSennedjem (1) et dame Isis (2)

Khousou, fils de Sennedjem, a été déposé dans une lourde cuve funéraire.

cuve-funeraire-khonsou.jpg

 

La tombe

Au premier coup d'oeil, on peut trouver étranges les thèmes iconographiques,
empruntés à différents chapitres du Livre des Morts, des peintures aux couleurs
éclatantes de ces caveaux, et ne pas voir de relation entre eux et les tombes
fonctionnaires des autres parties de la nécropoles.

Sennedjem est le plus souvent représenter en compagnie de son épouse
Iyneferti et ils sont visibles au moment des trois saisons inscrites dans le
calendrier Egyptien antique.

Scène 1 : Le chapitre 110 du Livre des Morts

sennedjem-et-son-epouse-dans-les-champs-d-ialou.jpgLes champs d'Ialou représentaient l'endroit où les âmes justes venaient se reposer. Mais
pour qu'elles puissent être justes, elle devaient passer toutes les épreuves de la mort
 

La représentation du champ Ialou (1), champ d'offrande ou champ de roseaux,
un lieu paradisiaque
(Paradie selon les Egyptiens) situé dans l'au-delà, entouré
d'eau – etat marécageux des rives du Nil – et dont le propriétaire de la tombe,
ici en compagnie de sa femme, cultive les champs, fait partie des vignettes les
plus connues du
Livre des Morts. Le défunt ne peut parvenir en ce lieu de
bien-être et d'abondance qu'après avoit été un « 
transfiguré » et être passé
devant le tribunal d'
Osiris, c'est à dire un « examen de passage » pour pouvoir
cultiver leurs champs en paix sous la protection des dieux
(2). Alors seulement
se réalisent les voeux énoncés comme suit dans le titre de la
formule : « ...y
être puissant, y être transfiguré, y labourer et moissonner, y faire l'amour
et faire tout ce que l'on fait sur terre.
 » 

Un canal d'irrigation délimite la scène qui se lit de bas en haut. 

Le registre inférieur montre sur sa partie supérieure (en bas) l'arboriculture irriguée
de la vallée du Nil, on peut voir des sycomores et différentes sortes de palmiers
alternés : palmiers dattiers et palmiers-doum, ces derniers permettront à
Sennedjem d'étancher sa soif. La partie inférieure, en bordure du Nil, montre les
fleurs caractéristiques de l'Egypte antique : chardons bleus, mandragores, pavots. 

garden13.jpgsennedjem-et-son-epouse-dans-les-champs-d-ialou-plus-en-detail.jpg

Le registre immédiatement au dessus : A gauche (1) le couple arrache le lien
utilisé pour faire les vêtement. Au centre, scène de labourage
(2) :
Sennedjem trace le sillon avec l'araire
[2] tiré par deux vaches. Sa femme
le suit et procède aux semailles en répandant le grain dans le sillon. 

sennedjem-et-son-epouse-dans-les-champs-d-ialou-avec-le-ble.jpg(1)

sans-titre-2-6.jpg(2)

Encore au dessus : Sennedjem moissone : il scie les épis de blés avec la
faucille à dents tout en laissant la tige sur place pour le pâturage des
animaux. Derrière lui, son épouse Iyneferti glane : elle ramasse les épis
égarés et les met dans un sac pour ne rien perdre de la récolte.

Tout à droite, Sennedjem se restaure, assis devant une table garnie.

sennedjem-table.jpg

Au premier registre : A gauche, le couple agenouillé sur le sable, bras levés,
est en adoration devant les dieux : Rê-Horakhty,
Osiris, Ptah et deux autres
dieux. Le sable indique que le couple se trouve dans le désert.

5-divinites-sennedjem.jpg

Derrière les dieux, dans sa barque de roseaux, Parahotep, fils de
Sennedjem se retourne en direction de ses parents. Devant lui, son
frère
Khonsou procède au rituel de l'ouverture de la bouche sur la
momie de son père afin qu'il puisse accéder aux nourritures du monde
de l'au-delà. 

sennedjem-fils-ouverture-de-la-bouche.jpg 

Scène 2 : Osiris en vert 

Deux symboles oudjat placés en miroir de part et d'autre d'Osiris.
L'amulette représentant le signe favorise santé et prospérité.

osiris-sennedjem.jpg

Scène 3 : Le couple reçoit sa subsistance de la déesse des Arbres

egypt-1.jpg

Des portraits émouvants des habitants du village décorent les parois
de la chambre sépulcrale : debout sous le fauteuil de sa mère, la petite
fille de Sennedjem avec un carnard et une fleur de lotus.
 

sennedjem-1.jpg

Au plafond, les scènes sont uniques. Sous la forme métaphorique, Sennedjem
a restitué un parcours théologique très élaboré. Quand aux textes religieux,
Sennedjem a fait un choix, dans l'important corpus du Livre des Morts,
sélectionnant un certain nombres de chapitres dans l'ordre qu'il souhaitait :
on retrouvera la même sélection dans la tombe de la grande épouse de
Ramsès II, la reine Néfertary, dans la Vallée des Reines.

[1]Sycomore : Variété d'érable.
[2]Araire : Charrure simple.
 


Sources :
 

  • PDF sur la tombe de Sennedjem et sur une exposition de la tombe en Guadeloupe

  • L'égypte, les hommes, les dieux, les pharaons

  • L'égypte, sur les traces de la civilisation pharaonique

  • 5 000 ans d'histoire, Terre éternelle des pharaons, Egypte, nov'edit

  • www.aime-free.com

  • Momies, rituels d'immortalité dans l'Egypte ancienne

  • Forum d'égyptologie ddchampo

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